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"Plus d'un, comme moi sans doute, écrivent pour n'avoir plus de visage. Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même : c'est une morale d'état civil; elle régit nos papiers. Qu'elle nous laisse libre quand il s'agit d'écrire."
Michel Foucault
En ces temps où les hommes politiques intègres et compétents sont une denrée rare, j’ai le plaisir de suggérer aux autorités compétentes, sans vouloir les commander bien évidemment, le nom du futur chef de la diplomatie algérienne. Outre le fait que cette personne a le profil du poste, il est en ce moment sous les feux de la rampe. Ça tombe bien, nous avons besoin d’un homme très bien exposé médiatiquement pour porter la voix de l’Algérie à l’extérieur.
Au prochain remaniement ministériel, j’exhorte la plus haute autorité de l’Etat à faire appel à cet homme qui représente un savant mélange entre tradition et modernité. Ainsi, son nationalisme et son attachement aux valeurs de notre religion sont autant d’atouts pour faire l’unanimité autour de lui. C’est l’homme de la réconciliation intergénérationnelle !
J’ai oublié de vous dire que notre homme a une très belle voix. Après chaque discours, il pourra nous gratifier d’un de ses tubes. Grâce à lui, vous ne verrez plus la politique du même œil.
Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître …, disait le grand Charles !
Tout fout le camp !
Ces derniers jours et pour je ne sais quelles raisons, j’ai repensé au Souk El Fellah. Rappelez-vous de ces bâtiments, bleus si ma mémoire est bonne, devant lesquels s’amassaient des centaines de personnes, très tôt le matin, des heures durant, pour acheter de la semoule, du beurre, un réfrigérateur ENIEM, un téléviseur ENIE, etc. C’était l’Algérie des années quatre-vingt.
Tout fout le camp !
Dans l’Algérie de mon enfance, la télé était déjà unique et verrouillée. Ahmed Wahid présentait encore El Ardh Wa El Fellah, Ahmed Bedjaoui nous parlait cinéma dans Nadi El Cinima et Si El 3azouni, avec sa voix si caractéristique, sillonnait nos routes cabossées, débusquant ainsi tous nos travers de chauffards. Une époque bénie où HHC se morfondait dans l’anonymat et Zahia Ben3rous incarnait, tous les jours à 20 heures, _ suivie juste après par Fouzia Ghoumari pour la météo_ l’épanouissement de la femme algérienne. Elle était notre Claire Chazal nationale ! C’était avant sa reconversion ratée en politique. Bien fait pour sa gueule.
Tout fout le camp !
Mes pérégrinations, empruntes de nostalgie, ne pouvaient, actualité oblige, passer sous silence les exploits de notre équipe nationale. En effet, en ce temps-là, nous étions au sommet du football africain : Belloumi, avec sa grâce légendaire, régalait encore ses aficionados, la talonnade de Madjer faisait le tour du monde et les commentaires de Sellah résonnaient encore dans nos têtes de mômes quand les Fennecs avaient réussi à enrayer la machine allemande de Rumminegge à Gijon !
Tout fout le camp !
Ceci dit, l’enfant insouciant que j’étais ne pouvait pas se douter que dans son pays les opposants politiques croupissaient à Lambèse et Berrouaguia et les agents de la SM, au volant de leurs 504 noires, faisaient régner la terreur et soupçonnaient tout le monde d’atteinte à la sûreté de l’Etat. Ainsi dans les rues de mon enfance, toutes les manifestations étaient réprimées dans le sang (et c’est encore le cas aujourd’hui) : les évènements d’avril 80 et ceux d’octobre 88 en sont la preuve. A l’école, juste avant l’ère Benbouzid, l’usage de ma langue maternelle était proscrit (il l’est encore de nos jours !) et l’enseignement fondamental avait atteint sa vitesse de croisière.
Tout fout le camp ou presque … une lueur d’espoir à l’horizon !
Si à vous aussi il vous arrive de repenser aux années quatre-vingt avec une certaine nostalgie, je vous conseille de ne pas perdre espoir et de faire confiance à notre Raïs. Avec lui ou son frère à la tête de l’Etat, nous allons fatalement remonter le temps et retrouver nos anciennes amours. Bientôt tout redeviendra comme avant. El Moudjahid vous attendra triomphalement dans les kiosques et les blagues sur Chadli nous feront de nouveau rire. Vivement la prochaine 3ouhda !
Rien à foutre de la révolution écologique ! Encore une lubie occidentale pour nous empêcher de profiter des ressources naturelles de la terre. Oui, maintenant que notre tour est enfin arrivé, on nous ressort le réchauffement climatique et toutes sortes de fadaises. Pourquoi un Chinois ou un Indien ou tout autre citoyen des pays émergents ou en voie de développement doit-il se soucier aujourd’hui des questions environnementales que les Européens et Américains ont délaissé depuis plus d’un siècle ? Laissons-les consommer à leur guise !
Chers amis, je vous annonce solennellement, au risque de vous décevoir et de me fâcher avec mes amis écologistes, que je tiens à prendre une part active dans la pollution de la planète. Je m’engage donc à dégager le maximum de CO2 possible dans l’atmosphère, à militer pour le maintien et le renforcement des énergies fossiles et nucléaire, à tourner le dos aux énergies renouvelables, à ne plus trier mes déchets ménagers, … et manger des tomates qui viennent de l’autre côté de la terre. Mais ce n’est pas tout. En effet, je viens de m’offrir un fusil de chasse. Et je compte tirer, sans aucun scrupule, sur tout ce qui bouge, y compris les espèces en voie de disparition… Au diable la biodiversité et l’équilibre de l’écosystème !
Je vous vois venir avec vos récriminations. Ce n’est pas la peine d’essayer de me dissuader car ça ne marchera pas avec moi. Je connais déjà vos arguments : laisser un monde meilleur pour les générations futures ; la terre ne nous appartient pas et nanani nanana ! Foutaises. J’ai envie de vous répondre en paraphrasant le fameux slogan de la révolution agraire : la terre appartient à celui qui la pollue ! Pour ce qui est des générations futures, elles n’ont qu’à se débrouiller. Chacun sa merde, comme on dit. De plus, je n’ai pas encore d’enfants.
Ce petit coup de sang anti écolo, un brin provocateur, préfigure le discours que je porterai à la connaissance des citoyens algériens dans le cadre de la campagne électorale des prochaines législatives en 2012. Soyez nombreux !
Une tanière au milieu de nulle part. Je ne vois plus le temps passer. Les choses m’échappent ; le vide remplit l’espace… Vertiges d’une existence.
Une identité en lambeaux, un visage aux contours flous et des envies d’ailleurs ; un personnage modianesque errant de ruelle en ruelle à la recherche d’un passé, d’une destinée. Rien à l’horizon. La fiction prend le relais !
Etre Gene Hackman dans The French Connection et revivre la plus célèbre des courses poursuites du cinéma. La faisabilité de la chose ne se pose même pas. Une frustration de plus …
Les filles de 1973 ont trente ans… Elles auront éternellement trente ans. Sacrées veinardes ! Elles peuvent toutefois remercier Delerm ; il est leur fontaine de jouvence !
Mon costume est prêt, mais pas pour monter les marches du Palais des Congrès et des Festivals de Cannes ! (et pourquoi ne pourrai-je pas dire festivaux ? Fascisme de la langue dans toute sa splendeur. Merci Barthes !)
Fini le tralala. Je ne me casserai plus la tête avec l’état plus que déplorable de notre démocratie balbutiante. Je dirai même que j’enterre définitivement tout espoir en des lendemains meilleurs. Ainsi, mes aspirations démocratiques passent à la trappe. Pour m’en convaincre, je ne cesse de me répéter tous les soirs que l’important c’est de fermer les yeux et rêvasser. Oui, ne plus voir, telle est ma stratégie. Chers amis, j’ai décidé d’être non-voyant !
L’aveugle que je suis devenu a d’autres envies et, surtout, d’autres priorités. Je veux donc donner du sens à ma vie ; je veux dire par là une autre trajectoire, plus valorisante et moins frustrante. En somme à l’opposé de celle que je mène aujourd’hui. Jusque là rien d’intéressant. Pour y parvenir, ça passe forcément par l’adéquation de mes choix avec ceux des autres ; je veux parler de ceux qui ont fait le triomphe de Sa Sérénissime Toute-Puissance ! Il faut donc que je me fonde dans cette masse et être en phase avec la Majorité. Une majorité qui a de toute façon raison. Démocratie oblige !
Oui, qui suis-je pour prétendre que je suis meilleur que 75 % de mes concitoyens ? Sans doute, un énergumène à l’ego surdimensionné. En d’autres termes, un illuminé qui s’arroge le droit de ne pas penser comme les autres et qui a fini par couper les ponts avec le fameux Peuple Algérien. C’est fini tout ça. Je veux reprendre ma place dans le troupeau. Pourvu que le Berger veuille bien de moi ! Place maintenant aux louanges et aux discours laudateurs. Je succombe comme beaucoup d’entre vous à la tendance printemps-été 2009 !
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